« Se débarrasser du capitalisme » peut signifier plusieurs choses : l’abolition complète de la forme marchande, la réduction de l’emprise du profit sur des secteurs entiers, ou la création de zones où la valeur n’est plus définie par l’argent mais par l’utilité sociale.
Se débarrasser du capitalisme peut signifier plusieurs choses : soit l’abolition complète de la forme marchande et monétaire (projet communiste au sens fort) ; soit la réduction de l’emprise du profit sur des secteurs entiers (santé, éducation, logiciel, données) par la mise en commun et la gratuité ou la coopération ; soit la création de zones de production où la valeur n’est pas définie par l’argent mais par l’utilité sociale et l’amélioration des conditions de vie.
Le superflu dont il s’agit peut être entendu comme tout ce qui est produit non pour répondre à un besoin humain ou collectif, mais pour réaliser un profit, capter de l’attention ou accumuler du capital — obsolescence programmée, publicité envahissante, marchandisation de l’intime, travail inutile ou destructeur. Utiliser la technologie « pour l’homme » impliquerait alors de distinguer production utile et production superflue, et de favoriser la première par la mise en commun des savoirs et des outils.
Marx rappelle que sous le capitalisme l’argent est la mesure de l’effort fourni dans le travail ; mais il montre aussi que cette mesure est aliénante dès lors qu’elle sert à l’exploitation et à l’accumulation privée. L’enjeu n’est pas de nier l’effort ou la coopération, mais de les organiser autrement : par la planification démocratique, par les communs, par une répartition qui ne passe plus par la seule valorisation monétaire.
Réalisme et idéal : les systèmes de classe reposent sur l’inégale répartition des moyens de production et sur la captation de la plus-value par ceux qui possèdent le capital. La technologie, si elle reste propriétaire et marchande, renforce souvent ces rapports. Mais si le code et les outils sont accessibles à tous et mis en commun, ils peuvent décentraliser la production, réduire la dépendance aux monopoles et permettre à des collectifs de produire pour leurs besoins ou pour des biens communs, sans passer par la logique du profit.
« Produire utile pour l’homme » suppose un idéal partagé : amélioration des conditions de vie, réduction des inégalités, préservation du vivant, accès aux savoirs et aux soins. La mise en commun d’un tel idéal — par le débat démocratique, les communs, l’éducation — peut orienter la technologie vers des fins qui ne soient plus subordonnées au seul chiffre d’affaires ou au cours de Bourse. Le code accessible est alors un levier : il permet de construire des infrastructures alternatives qui ne sont pas d’abord vouées au profit numéraire.
Pourquoi n’y arrive-t-on pas ? Les intérêts des classes dominantes, l’idéologie du marché indépassable, la dépendance au crédit et à l’emploi salarié, le fait que beaucoup de communs numériques restent dépendants de financements ou de modèles hybrides. Marx insiste sur le fait que l’argent comme expression de la valeur du travail est au cœur du mode de production capitaliste ; le dépasser exige une transformation des rapports de production et de propriété, pas seulement des outils. La technologie peut aider à desserrer l’étau — communs, coopératives, logiciel libre — mais elle ne suffit pas sans un projet politique et une répartition du pouvoir.
En citant Marx et sa définition de l’argent comme valeur monétaire de l’effort fourni dans le travail, on rappelle que le profit numéraire n’est pas une fatalité naturelle mais le produit d’un système où la valeur est captée et accumulée sous forme monétaire. Se débarrasser du capitalisme et du superflu, ou au moins les réduire, et utiliser la technologie pour renverser les systèmes de classe ou pour produire utile, suppose un idéal partagé et des institutions qui permettent de ne plus faire de l’argent la seule mesure de l’effort et de la valeur.















